1) Schéhérazade ma conteuse
Il y a Schéhérazade de mon enfance, de mon adolescence et plus encore et tou
jours, c’est l’héroïne-narratrice des mille et une nuit, présidant – à travers les âges -- à l’émancipation, à la libération et à l’association des femmes au pouvoir ( puisqu’elle devient la reine sagace ) .
Libératrice de la femme car, en sauvant sa vie d’une mort tragique et certaine, elle a sauvé (et continue à sauver ) toutes les femmes, opposant, avec son généreux courage ( son remarquable plan de paix avec son assistante, sa sœur cadette Dounyazâd ) la force de la fiction, le sens de l’épisode, le pointillé du suspense, le subtil art de la narration à l’effusion de sang, à la rage vengeresse de Chahryâr, le roi trompé, en même temps qu’elle le reconstruit, durant toutes ces mille et une nuits en tant qu’homme de pouvoir ( courant à sa perte , parce que frappé de fragilité – par l’infidélité de la reine – et jurant de sévir, de donner la mort, au nom même de cette fragilité traumatique
Par la fiction, sous l’ombrelle de sa fabuleuse oralité, Schéhérazade a hissé le roi malheureux hors de son traumatisme castrateur, déféré – par l’exemplarité de la décapitation – sur la femme, sur l’ennemie complémentaire, condamnée par décret et exécutée à l’aube.
Schéhérazade a sauvé Chahryâr de son autisme castrateur et tyrannique, de son vœu de mort pour le réinstaller dans le déroulé de la vie, dans le sens de l’histoire qu’elle incarne si brillamment, lui redonnant visage d’homme, un visage rasséréné, un visage de confiance, un visage paysagé d’avenir, sauvant du même coup le royaume du huis-clos de la catastrophe.
Ce faisant, Schéhérazade, la fille de Djaâfar, le vizir, n’a pas seulement sauvé la femme mais elle a surtout sauvé l’homme en l’émancipant de son attitude unilatéraliste, de sa trituration de blessure, en l’aidant , par le truchement d’un fabuleux voyage dans l’imaginaire, à se dépêtrer de son macabre théâtre d’impasses.
C’est ainsi que Schéhérazade a été mon premier choc amoureux, ma grande rencontre artistique. De ce superbe nom d’azur désaltérant , traversant les denses solitudes du questionnement , l’audace rampante des déserts, le tourbillon du désarroi, les vents de sable de la peur, l’âpre tassement des ténèbres, la sourde violence des réponses, je me suis fait une symphonie complémentaire à mon propre nom, mon heureuse pluviosité de rêves et de poésies .
2) Chéhérazade mon épouse
Puis Chéhérazade dont m'avait parlé, par un jour de printemps, à Saint-Jules, Y.B. une proche et si lointaine personne.
" Mehdi, je te jure que je t'indique un trésor. Un vrai trésor caché. Distinguée. Quelle allure! Hata! Belle à rendre mahboul.
Je te jure, si j'avais un fils ou un frère en état de se marier, je n'attendrais pas une seconde! "
Chéhérazade. Mon grand coup de coeur à 24 ans. Mon amour de jeune professeur de français ( la tête étoilée d'une merveilleuse langue arabe et de palpitants contes d'enfance ). Chéhérazade. Une fantastique fiction alluvionnant ma vie nouvelle de ses palimpsestes troublants puis, signé de désir, l'immense envie de passer voir ce qui se passe de l'autre côté des sagas et mon entrée dans l'oued et, d'un seul coup, ce fracas de cascades ocellées de soleil en plein après-midi. Chéhérazade!
D'abord, aperçue, fabuleux voilier flamboyant, en partance d'une maison, sise sur un piton à el' Arsa ( ex. Les citronniers ), traversant la ville de part en part, provoquant une indicible émeute de canopées et de volatiles.Un chef-d'oeuvre de formes et de grâce, passant par le jardin public s
ous l'ombre chinoise des feuilles qui se la racontent en frissons, chorégraphies de chlorophylle traversées de fusées solaires et le pollen en éphélides s'abandonnant à l'hébétude au glouglou des sources naissant au rythme de son pas glosant l'imperceptible symphonie des racines chantant la terre nervurant le monde invisible jusqu'aux frondaisons du silence que laissent ses traces discrètes de phénomène féminin abolissant tant de tabous à son étrave perce-tout, implacable boum de beauté éduquant le regard de l'homme et jetant l'ancre à Cochon-Ville , dans un local du Croissant Rouge, aménagé en lieu d'apprentissage de couture.
Puis, rencontrée. Vraiment rencontrée, ma Chahrazâd. Ma somptueuse épouse, moins de 18 ans ( orpheline de sa mère
Khadra mortes en couches ), née sous le signe de la Vierge, à Mostaganem, le 1O septembre 1960 ( précisément à la rue du Lion ). La fille d'Ali B. l'employé de la SONELGAZ. Le simple et grand Ali. Ce gars de l'électricité qui m'a marié sa lumière. L'une de ses huit lumières. La première à se marier, le 10 Ramadhan 1390, en l'automne de l'année 1978.
Chéhérazade. La fée de mon logis chéri et de mon délogé de charmes aux terrains vagues des lascars qui s'occupent de tous les spots, veillant au ban des braves et au pain beurré des ecarpes, à squeezer succubes aux souches et à s'affoler de soufisme. La syphide de mes forêts, confidente de mes fourrés au chuchotis de nos fontaines interdites à Mostaganem, la Cité des Eaux et des Odes dont je suis l'étrange étranger, le mestghanmi de fond en comble, toujours en pluie aux points arides, mostaganémant ma musique. Chéhérazade ma chanson qui monte quand tout est pentu. Mon Alif de pollen. L'ombrelle bienveillante de ma poésie. .Dépositaire de mon blues de passager interloqué du raz de marée de malfrats qui s'immiscent dans l'air marin sous les arcades de légendes où trisse l'hirondelle en fuite.
Chéhérazade, mon amour. Mon chant de blé en mouvement. La mère de mes huit garçons. Dépositaire de mon blues et de ma quintessence d'être.
3) Schéhérazade ma poésie
Et Schéhérazade, mon ambassadrice auprès de tous, impromptue, frondeuse, intrusive, mystérieuse amante insatisfaite de son inévitable rôle d’auxiliaire prestigieuse. Une bigamie compliquée. C’est ma Poésie, toute ma Poésie ainsi nommée en hommage à mes deux grands bonheurs Schéhérazade et Chéhérazade.
Cette poésie très universelle, difficilement résumable mais que l’on pourrait être tenté d’illustrer par ces deux textes extraits d’un recueil de poèmes et de proses intitulé : Le Chinois d’Algérie, édité à Paris en 1994 par Les Cahiers de l’Albatroz :
Présence

Il faut être un sacré Chinois
Pour entreprendre mon Poème
Cascade de mon Corps-Tibet
Qui se déprend de ses limites
On ne découvre en descendant
Pour éprouver quoi je soulève
Vu que je vis toujours Debout
Roi de ma Verticalité
Déhiscence
Quand l’Algérie sent la chaussette
De ses génies clochardisés
Je file chez ma Jardinière
L’inciter à la déhiscence
Et lui distiller mes extraits
Espérant lui faire un(e) enfant
Pour ne pas me jeter dehors
4) Schéhérazade mon bébé

Enfin, Schéhérazade. Mon unique fille, née le jeudi 10 mai 2OO7, à 6 heures, 3O minutes, à Hôtel-Dieu, Lyon 2°, issue de mon vertigineux remariage en ruines. C’est d’elle, résumant tout, qu’il s’agit dans mes derniers poèmes. Schéhérazade, mon bébé. Ma coquine fouine. Toi le quinquet de mon quinquagénat.
Tout l’ensemble intitulé : Schéhérazade quinquet de mon quinquagénat lui est consacré et ce passage de l’énorme bonheur d’être père vient à mon esprit à la manière d’une oriflamme :
Déjà des gestes de légende
Et c’est immense pour les yeux
Et c’est si merveilleux à voir
Qu’on se sent folir de la vue
Aux noiseraies de ton regard
Incendiées de sauts d’écureuils
Qu’on se sent chablé de poèmes
Au fil de ta fôlatrerie
Qui légende la joie d’agir
Le plaisir de t’accompagner
L’énorme bonheur d’être père
Ma Schéhérazade en rasades
Il y a Schéhérazade de mon enfance, de mon adolescence et plus encore et tou
jours, c’est l’héroïne-narratrice des mille et une nuit, présidant – à travers les âges -- à l’émancipation, à la libération et à l’association des femmes au pouvoir ( puisqu’elle devient la reine sagace ) .Libératrice de la femme car, en sauvant sa vie d’une mort tragique et certaine, elle a sauvé (et continue à sauver ) toutes les femmes, opposant, avec son généreux courage ( son remarquable plan de paix avec son assistante, sa sœur cadette Dounyazâd ) la force de la fiction, le sens de l’épisode, le pointillé du suspense, le subtil art de la narration à l’effusion de sang, à la rage vengeresse de Chahryâr, le roi trompé, en même temps qu’elle le reconstruit, durant toutes ces mille et une nuits en tant qu’homme de pouvoir ( courant à sa perte , parce que frappé de fragilité – par l’infidélité de la reine – et jurant de sévir, de donner la mort, au nom même de cette fragilité traumatique
Par la fiction, sous l’ombrelle de sa fabuleuse oralité, Schéhérazade a hissé le roi malheureux hors de son traumatisme castrateur, déféré – par l’exemplarité de la décapitation – sur la femme, sur l’ennemie complémentaire, condamnée par décret et exécutée à l’aube.
Schéhérazade a sauvé Chahryâr de son autisme castrateur et tyrannique, de son vœu de mort pour le réinstaller dans le déroulé de la vie, dans le sens de l’histoire qu’elle incarne si brillamment, lui redonnant visage d’homme, un visage rasséréné, un visage de confiance, un visage paysagé d’avenir, sauvant du même coup le royaume du huis-clos de la catastrophe.
Ce faisant, Schéhérazade, la fille de Djaâfar, le vizir, n’a pas seulement sauvé la femme mais elle a surtout sauvé l’homme en l’émancipant de son attitude unilatéraliste, de sa trituration de blessure, en l’aidant , par le truchement d’un fabuleux voyage dans l’imaginaire, à se dépêtrer de son macabre théâtre d’impasses.
C’est ainsi que Schéhérazade a été mon premier choc amoureux, ma grande rencontre artistique. De ce superbe nom d’azur désaltérant , traversant les denses solitudes du questionnement , l’audace rampante des déserts, le tourbillon du désarroi, les vents de sable de la peur, l’âpre tassement des ténèbres, la sourde violence des réponses, je me suis fait une symphonie complémentaire à mon propre nom, mon heureuse pluviosité de rêves et de poésies .
2) Chéhérazade mon épouse
Puis Chéhérazade dont m'avait parlé, par un jour de printemps, à Saint-Jules, Y.B. une proche et si lointaine personne.
" Mehdi, je te jure que je t'indique un trésor. Un vrai trésor caché. Distinguée. Quelle allure! Hata! Belle à rendre mahboul.
Je te jure, si j'avais un fils ou un frère en état de se marier, je n'attendrais pas une seconde! "
Chéhérazade. Mon grand coup de coeur à 24 ans. Mon amour de jeune professeur de français ( la tête étoilée d'une merveilleuse langue arabe et de palpitants contes d'enfance ). Chéhérazade. Une fantastique fiction alluvionnant ma vie nouvelle de ses palimpsestes troublants puis, signé de désir, l'immense envie de passer voir ce qui se passe de l'autre côté des sagas et mon entrée dans l'oued et, d'un seul coup, ce fracas de cascades ocellées de soleil en plein après-midi. Chéhérazade!
D'abord, aperçue, fabuleux voilier flamboyant, en partance d'une maison, sise sur un piton à el' Arsa ( ex. Les citronniers ), traversant la ville de part en part, provoquant une indicible émeute de canopées et de volatiles.Un chef-d'oeuvre de formes et de grâce, passant par le jardin public s
Puis, rencontrée. Vraiment rencontrée, ma Chahrazâd. Ma somptueuse épouse, moins de 18 ans ( orpheline de sa mère
Chéhérazade. La fée de mon logis chéri et de mon délogé de charmes aux terrains vagues des lascars qui s'occupent de tous les spots, veillant au ban des braves et au pain beurré des ecarpes, à squeezer succubes aux souches et à s'affoler de soufisme. La syphide de mes forêts, confidente de mes fourrés au chuchotis de nos fontaines interdites à Mostaganem, la Cité des Eaux et des Odes dont je suis l'étrange étranger, le mestghanmi de fond en comble, toujours en pluie aux points arides, mostaganémant ma musique. Chéhérazade ma chanson qui monte quand tout est pentu. Mon Alif de pollen. L'ombrelle bienveillante de ma poésie. .Dépositaire de mon blues de passager interloqué du raz de marée de malfrats qui s'immiscent dans l'air marin sous les arcades de légendes où trisse l'hirondelle en fuite.
Chéhérazade, mon amour. Mon chant de blé en mouvement. La mère de mes huit garçons. Dépositaire de mon blues et de ma quintessence d'être.
3) Schéhérazade ma poésie
Et Schéhérazade, mon ambassadrice auprès de tous, impromptue, frondeuse, intrusive, mystérieuse amante insatisfaite de son inévitable rôle d’auxiliaire prestigieuse. Une bigamie compliquée. C’est ma Poésie, toute ma Poésie ainsi nommée en hommage à mes deux grands bonheurs Schéhérazade et Chéhérazade.
Cette poésie très universelle, difficilement résumable mais que l’on pourrait être tenté d’illustrer par ces deux textes extraits d’un recueil de poèmes et de proses intitulé : Le Chinois d’Algérie, édité à Paris en 1994 par Les Cahiers de l’Albatroz :
Présence
Il faut être un sacré Chinois
Pour entreprendre mon Poème
Cascade de mon Corps-Tibet
Qui se déprend de ses limites
On ne découvre en descendant
Pour éprouver quoi je soulève
Vu que je vis toujours Debout
Roi de ma Verticalité
Déhiscence
Quand l’Algérie sent la chaussette
De ses génies clochardisés
Je file chez ma Jardinière
L’inciter à la déhiscence
Et lui distiller mes extraits
Espérant lui faire un(e) enfant
Pour ne pas me jeter dehors
4) Schéhérazade mon bébé
Enfin, Schéhérazade. Mon unique fille, née le jeudi 10 mai 2OO7, à 6 heures, 3O minutes, à Hôtel-Dieu, Lyon 2°, issue de mon vertigineux remariage en ruines. C’est d’elle, résumant tout, qu’il s’agit dans mes derniers poèmes. Schéhérazade, mon bébé. Ma coquine fouine. Toi le quinquet de mon quinquagénat.
Tout l’ensemble intitulé : Schéhérazade quinquet de mon quinquagénat lui est consacré et ce passage de l’énorme bonheur d’être père vient à mon esprit à la manière d’une oriflamme :
Déjà des gestes de légende
Et c’est immense pour les yeux
Et c’est si merveilleux à voir
Qu’on se sent folir de la vue
Aux noiseraies de ton regard
Incendiées de sauts d’écureuils
Qu’on se sent chablé de poèmes
Au fil de ta fôlatrerie
Qui légende la joie d’agir
Le plaisir de t’accompagner
L’énorme bonheur d’être père
Ma Schéhérazade en rasades
Rillieux-la-Pape . Dimanche 21 décembre 2OO8. ( Vingt trois heures, trente )
El’ Mehdi CHAIBEDDERA
que dieu protége cet ange tomber du ciel
RépondreSupprimerma petite soeur schéhérazade
trop toucher par tes mots pour tes plus belles schéhérazade
meriyem