samedi 7 février 2009

Violon solo

VIOLON SOLO

Février c'est mon mois de froid
De précipitations et de trouble
Debout partout pour la prière
Pleuvant on ne sait trop comment
Tout se mouille tout est mouillé
Et l'âme mouillant vers ton âme
Je rate la dernière étreinte

Maman t'emmène en Algérie
Pour tout le mois de février
Mon coeur est comme un escargot
Qui se hasarde à pluie battante
En asticotant ses antennes
Dans tous les sens pour te sentir
Encore une dernière fois
Toujours une dernière fois
En l'escargotière du monde
Dont la vitre s'embue de nous

Vingt six jours à Mostaganem
C'est long c'est long c'est long c'est long
J'ai mal à la France sans toi
Ce sanatorium de mon âme
Et j'ai mal d'être en Algérie
Clandestin dans ton souvenir
Vingt six jours à Mostaganem
C'est trop pour mon solo d'antennes

Schéhérazade mon amour
Tous mes amours en un seul nom

Rillieux-la-Pape. Mardi O3/O2/2OO9 ( 7h 33 )

Sens dessus-dessous

Sens dessus-dessous

Tout est sens dessus-dessous
Poupées jouets boîtes bobines
Même les idées dans ma tête
Ma chérie quand tu es chez moi
Je suis en écarquillement
De tous mes sens de tout mon être
Et quand tu m'appelles Papa
Pour alléger nos cache-cache
Je me cogne le coeur aux angles
Pour te rejoindre à quatre pattes
Partout où tu passes ma puce
Et ton partout m'est toponyme
Aux noiseraies de ton regard
Où mon coeur te sert de truffière

Rillieux-la-Pape. Mardi O3/O2/2OO9 ( 7h )

samedi 10 janvier 2009

Bibliographie




Octobre Algerien


Octobre Algérien



Recueil de poèmes sur les émeutes qui ont commencé le cinq octobre 1988 en Algérie exprimant
le ras le bol de la population paupérisée par un pouvoir corrompu et corrupteur.
Des livres noirs ( dommage assez tendancieux ont été publiés par des militants du PAGS.)
Ce sont des poèmes écrits à l'encre noire sur des écorces d'eucalyptus et de palmier.































































































































































































































jeudi 8 janvier 2009

Schéhérazade quinquet de mon quinquagénat





Schéhérazade Quinquet de mon quinquagénat

C'est trop mignon elle est trop belle
Tout le monde la trouve belle
Impossible de se distraire
Pour autre chose en sa présence

Elle touche tout
Elle touche à tout
Elle va vers tout
Elle va partout
Tout paraît pour elle

Bouleversante beauté
Partout elle sème la grâce
Et tout se meut en merveilleux
Un défilé de féeries

Et c'est la kermesse partout
Ce sont des sapins et des boules
Des guirlandes et des ballons
Des clochettes de chocolat
Avec des battants de praline
Des calligraphies de réglisse
Et de l'alphabet en bonbons
Une tempête de dragées

Des palmiers cascadant de dattes
De mou'âllaqât capiteuses
Du nougat des coeurs de loukoum
Et des corolles de meringues

De la polychromie intense
L'encens naissant de toute chose
De la nitescence partout

C'est noël démultiplié
C'est l'aïd à chaque terrasse
Et c'est le hossana aux cimes

Des sorbets du lait et du thé
Des plats précieux éblouissants
Un pianissimo de jets-d'eau
En le discontinu des vasques
Et au dégradé des bassins
En architecture d'écoute
Donnant spectacle à l'audition
Pour de l'istikhbar avec soi

Tout est jaspé du chant de vivre
Tout se jaspe d'espoir d'aimer
De la prétention d'être aimé
Du pouvoir d'apporter la paix

N'importe quel objet touvé
Sur le chemin de sa gambade
Au clip de ses pas cristallins
Une pierre une feuille un fil
Un éclat d'os papier pétale
Un bout d'écorce un brin de tout

D'une trouvaille sur le sol
Ou dans un coin insoupçonné
Elle vous met le jeu à jour
Mettant le fantastique à l'heure

Partout où elle passe c'est fou

C'est fou

L'ensoleillement de sourires
De mots de signes d'adjectifs
En paillettes en confettis
Il pleut des poésies en perles
C'est un festival de surprises

Elle vous donne envie d'être père
Et vous vous prenez pour Adam
Portant son chef-d'oeuvre à la côte
Vous devenez le rocher-mère

Elle vous rend l'envie d'être enfant
De redevenir un enfant
Elle vous met l'enfance aux veines
Et vous ânonnez de candeur

Elle vous met le printemps partout
Elle vous sort l'été de tout
même du grand hiver siégeant
Dans une carcasse de monstre

Tant de gens arrêtés par elle
Tant de gens s'arrêtent pour elle
S'embellissant de sa lumière
S'imprégnant de son allégresse
Pour retrouver la netteté
Disparue dans les réussites
Pour s'absoudre à sa pureté
De ses catastrophes de gloire
Dans une ablution bienfaisante

Pour se réconforter de tout
A ses chatteries ineffables
pour ne plus paniquer d'aimer
Autre chose que ses sosies
Sombres déclinaisons de soi

Pour s'affermir de la vaillance
D'aller voir de l'autre côté
De ce côté (d') où tout surgit
Par -delà le surgissement
l'héroïsme d'avoir le temps
De voir ce qui se passe ici
Pour ne plus sévir vacillant
Dans sa famille de fantômes

On est tout gauche d'être droit
Dans son apparence de clou
D'être trop là d'être si sûr
D'être si loin d'être en ailleurs
D'être invisible à ses semblables
D'être si haut en tour d'humour
D'être si loin dans son ballon
D'être assourdi de son vertige
D'être toqué d'ubiquité

On est si pauvre d'être comble
Qu'on n'ouvre plus la porte à rien
Toujours occupé débordé
Dans de l'hermétisme extatique
Qu'on en devient handicapé
Quand la sainte simplicité
Quand la simplicité suprême
Passe son aube et nous dépasse

On est si gauche d'être droit
Toujours à la droite de tout
On est si léger d'être là
Devant cette petite Chose
Qui bouge en chatoyant de choses
Qui met le ciel au pas de porte
En chorégraphies de pollen
Rien qu'en touchant du bout des doigts
Ses douces baguettes magiques

On est si faible d'être fort
On est tout bête de comprendre
D'assister enfin à l'inouï
Devant cette petite Chose
Abeille effusive de miel
De tant d'essences lumineuses
Popularisant l'ambroisie
Mille et une nuit à -l'envi
Mettant le feu à l'Ourserie

Schéhérazade mon bébé
Ma Princesse ma Chahrazâd
Mon amour ma folie ma fille
Mon essaimage de sagesse
Votre fille aussi mes amis
Anticipatrice de paix
Ambassadrice s'il vous plaît
En ces fêtes de fin d'année

Ma bienfaisante Enfantelette
Cette époustouflante luciole
Qui met du clignotant aux âmes
De la tendresse dans les gestes
La douce bruine dans les yeux
Et du soleil dans le regard
pour la route qui reste à faire
Par tous les chemins de sagesse

Schéhérazade mon bébé
Quinquet de mon quinquagénat
Ambassadrice de la paix
Ici par là et par là-bas

Schéhérazade mon bébé
Quinquet de mon quinquagénat
Ambassadrice de la paix
Ici par là là-bas partout
Ma merveille de 19 mois
Pour la route restant à faire
Pour fêter la bonté partout
Par les chemins de la sagesse

Ma merveille de 19 mois
Pour la route restant à faire
Pour fêter la bonté partout
Par ces chemins de la sagesse
Rillieux-la-Pape. Mercredi 17 Décembre 2008 (matinée)

mercredi 7 janvier 2009

La forêt de Chéhérazade

Un jour d'âpre essorage

Le jour du décès de Chéhérazade un jeudi, fin de semaine en Algérie, j'avais quatre heures de cours à dispenser au lycée Zerrouki Cheikh Ibn Eddine ( ex. René Basset ), où j'étais élève de
la sixième M2 jusqu'à la fin de ma scolarité en 1972/1973.

C'était un prestigieux lycée de garçons. Il est aussi à Mostaganem, mon étonnante ville natale,
un autre ancien établisement de renom pour filles, le lycée Ould Qablia saliha ( ex. Lavoisier ).

Cette matinée là, la rumeur du drame s'épandant, le lycée Zerrouki libéra tout le personnel et
des fleuves d'élèves qui affluaient vers la Cité des 16O logements ( je préfère dire et écrire logis ), où j'habite, porte 21, au troisième étage, depuis l'hiver 1982. Une Cité encore flanquée d'un chiffre ( comme les fameux numéros donnés aux rue de Tigditt ) comme s'il y avait pénurie
de noms dans un pays où les moudjahidine, les fils de chouhada, d'autres pupilles et ayants-droits sont en big bang exponentiel.

Collègues et élèves venaient m'apporter leur soutien et me présenter leurs condoléances. Etourdi, je n'ai jamais vu autant de monde grouiller autour de moi, monter et descendre les étages.

J'ai reçu quelques instants auparavant la visite au domicile de deux étranges personnages qui me demandèrent ce qui se passait, des policiers en civils ( des sikrya ) et s'éclipsèrent comprenant qu'il s'agissait du décès de l'épouse d'un professeur. Un copain m'expliqua que, voyant les élèves quitter en masses le lycée Zerrouki, situé juste derrière le commissariat de police, les autorités paniquèrent , pensant qu'il s'agissait d'une grève sauvage d'enseignants.

Cela faisait plusieurs mois que beaucoup d'entre nous, enseignants du secondaire étions en
résistance face à un pouvoir retors, obsolète et extrêmement dangereux. Nous réclamions
le statut du professeur, l'amélioration des programmes scolaires, de nos conditions de vie et de
travail, la levée des sanctions assénées aux vrais ou fabriqués leaders ( etc ).

J'avais moi-même d'énormes problèmes avec l'étouffante tutelle assistée de certains collègues
médiocres et cupides, constitués çà et là en pernicieuces petites meutes indéfiniment affairées
à boursicoter dans la fétidité des irresponsables responsables;

Typé comme professeur frondeur, un casse-tête chinois. Toujours - grâce à Chéhérazade, merveilleuse fée du logis et de mon maintien - superbement sapé, périlleusement féru de
verticalité, fermement réfractaire à la canonisation des stéréotypes alimentaires, au fourbi
vénal et rase-mottant des fameux sujets communs, aux menus et innombrables fricotages de
la médiocratie.

Je ne m'absentais jamais. je considérais comme un crime d'enseigner assis comme on fait du tricot ou des mots croisés. J'avais toujours de nouveaux textes, des rahat loukoum de l'esprit :
poèmes, enregistrements de textes narratifs ( Aladin et la lampe merveilleuse, Sindbad le marin, Dj'ha, le faiseur d'infirmes de Naguib Mahfouz, le petit prince de Saint-Exupéry, Brel, Ferré, Ferrat, Aragon, Eluard, Nazim Hikmet, Mahmoud Darwich, Nizâr Qabbani, Moudhafer el Nouah, Rûmi, Hallâj, Bistami, Doul Noun, Lorca, Maupassant, Flaubert, Balzac, Gandhi, Herman Hesse, Hervé Bazin, Dino Buzzati, Italo Calvino, Cervantes, Carême,Barthes... ),exposés,corespondances avec des auteurs, ateliers d'écritures, expressions théâtrales. Chaque texte dont je tombais amoureux était immédiatement partagé avec les élèves.

Chaque cours était un show, un spectacle, une oeuvre de partenariat, un feed-beak de séduction.
Je dérangeais énormément. J'étais dans le rêve. Profondément trempé dans la jeunesse, dans le
bondissement de la beauté. En entrant en classe j'étais, nous étions tout le temps en escapade, en parapente de la pensée.

Je sortais de la classe rayonnant au milieu de régimes d'élèves, d'autres en sortaient abattus, accablés, pressés d'aller s'affaler sur leurs chaises dans la salle des papotages, des truqueries
et des recettes faciles.

La classe était notre green. Nous la décorions, il y avait des fleurs, la rose toujours en vue sur
un coin du bureau pour l'éducation du regard. Nous jouïons au golf avec les mots, avec le sens, nous étions dispensateurs de luxe, nous parfumions nos phrases sans sacrifier à l'efficacité, au rigoureux pointillé du compas. Impossible de trottiner dans l'horreur tranquille du prosaïsme,
de ruminer la chique grammaticale du genre: Le chat mange la souris/ la souris est mangée par le chat. J'enseignais et montais avec les élèves, mes écoeuriers, Hamlet, Poèmes et textes de Hikmet et de Soljénitsyne.

La forêt de Chéhérazade

Je sortais les élèves en bus pour planter des forêts ( la forêt de Chéhérazade sur le littoral, à ( Kharrouba, Clovis plage ), des arbres ramenés de la pépinière de Aïn Brahim dans l'express
blanche de Daddy, ancien élève, aujourd'hui responsable d'une association écologique . Les parents, ( au grand dam des responsables, flicaillons de la pensée ) me confiaient leurs enfants dont grand nombre d'adolescentes .

Nous plantions : pins pignons, pins d'Alep, eucalyptus... C'était un bel et émouvant hommage à Chéhérazade. Je faisais de l'écologie poétique, j'aérais l'esprit des adolescents ( il y en avait
même qui ramenaient leurs tout jeunes frères et soeurs. cet élargissement en puériculture m'amusait et me fascinait ).

L'iode et la chlorophylle me faisaient onduler du dedans. Les plants étaient d'infinis porte-plumes. Nous grouillions dans une bibliothèque verte frangée de mer à perte de vue. Tous, filles et garçons étaient superbement motivés. Nous avions quitté le renfermé et le ronron de la grisaille académique.

Plus d'estrade, plus de tableau abîmé et presque jamais rénové, plus de dictature architecturale.
Ils étaient associés à ma féconde douleur, à ma dépression combattue. Nous étions des planteurs
de la bonté.

Je les voyais s'échiner, les filles s'abîmaient les mains à creuser, à planter, à butter sans outils
( pour la plupart, nous manquions d'outils ). Tout le monde s'affairait, se prosternait hardiment et humblement vers la terre, à pérenniser la vie, à préparer de l'ombre bienfaisante à ceux qui
succèderont pour se promener ou villégiaturer sous nos pensées, sous nos espoirs, sous nos voeux. Nous étions tous dépositaires d'un noble souci de germination et d'un voeu de bonheur.

Chacun dédiait son plant à un être cher, à des êttres disparus, éloignés ou encore vivants. Leurs yeux brillaient, ruisselant de sueur et d'excitation. Ils étaient dans l'aimer c'est faire.

Je faisais tout pour contenir mes sanglots, écrasé d'un bonheur presque insupportable. Je m'obstinais, tête inclinée, sarclant et tassant la terre à cacher des larmes qui me gonflaient la gorge, m'étourdissant de leur sel et à murmurer, lèvres contre feuilles, des prières, à demander pardon: Pardon, je te demande pardon de te survivre mon amour, mon grand, mon bel amour, ma Chéhérazade, toi ma parole ombiliquée, toi mon poème ombellifère.

Puis, n'en pouvant plus, j'ai abrégé ma carrière et je me suis expatrié en France, dans la région
du Rhône où j'habite et où de mon remariage en ruines, après 21 mois de veuvage, j'ai reçu un
extraordinaire don de Dieu, mon unique fille Schéhérazade qui me fait écrire de Schéhérazade à Schéhérazade.

Rillieux-la-Pape. Lundi 08/12/2OO8

L'âme moiré de ton dodo


L'âme moirée de ton dodo

Tu t'endormais sur mon épaule
La nuque calée dans mon cou
Je te tapotais dans le dos
Mon tam-tam de papa baba
En te chantant: Allah ! Allah !
Pour nous offrir le tour du monde
Au frais de ta respiration
L'âme moirée de ton dodo

Rillieux-la-Pape. Dimanche 14/12/2OO8 ( 16h 3O )



CHAGRIN


Chagrin

Quand le coeur me corne aux oreilles
A la tête aux tempes partout
Pris de réplétion paternelle
Me voici cornaquant de tout
Incarnation de mon chagrin
Accablé cornaqué moi-même
Au dédale de ton absence
Schéhérazade mon bébé

Rillieux-la-Pape. Samedi. 13/12/2OO8 ( 14h 3O...)

Où d'outre père

Où d'outre-père

Mon bébé ma coquine fouine
Où que tu sois je ne sais où
En quel outre-père quel oued
Quel monde quelle tour quel bout
En quel hourvari de fourroir
Terriblement moin de mes yeux
Je m'adresse à toi en prières
Suppliciant mon ouïe vers ton où

Là où je suis d'où que je sois
Pourvu que je trouve par où
Où allonger mon cou vers toi
Je flamberai tous mes poèmes
Pour un câlin pour un bisou
Pour une grimace pour chut
Pour te retrouver dans mes bras
Schéhérazade mon bébé

Rillieux-la-Pape. Lundi 15/12/2OO8 ( 20h 27...)

Jusqu'au saisissement de l'indicible

Il est des moments comme ça, riches et innombrables , où la langue française, sylphide de ma synergie, coquine, intime, délivrée, s'affranchissant, d'un coup, du souci de ses missionnaires,
majordomes coqueriquant, des faiseurs, faquins et farauds, de l'esbrouffe de ses aras, se
rassemble, toute, radieuse, ambrée, gaillarde, allurée, délivrée, passant son aube ou l'abaya, venant à moi, renouvelée, nouvelle pour nos rendez-vous, nos ineffables apartés, nos matins, nos après-midis, nos nuits, puis, les sens rassis, l'esprit en abat-jour, aux approches roses de l'aube, les yeux s'embuant, elle se baisse, souveraine, vers moi ( avant de me quitter pour rejoindre ses
dictionnaires, ses académies...), l'aiguière chryséléphantine aux mains pour me laver les pieds,
lentement, doucement, voluptueusement ( troublant brio de ses poignets, de ses pouces, de ses doigts longs et fins ), m'exprimant, là, sa gratitude de l'avoir si merveilleusement parcourue,
appréciée, retournée, de l'avoir, déférent Fellah et pâtre obviant, obligeant, si intensément
honorée de la plus belle eau de mon corps, d'avoir comblé, frissonnant de polysémie, ses accueillants poquets de mon arabité probante, de l'avoir conduite, émue, chavirée, somptueusement énamourée, puissamment abandonnée, considérablement confiante, par tant de labyrinthes, tant de passages, tant de ponts, tant de puits, tant de contrées, tant de terroirs...
jusqu'à prendre congé de la réalité, jusqu'au pic de perplexité suprême, jusqu'au saisissement de l'indicible, Schéhérazade mon amour.

Rillieux-la-Pape. Vendredi soir 19 décembre 2OO8, mise au net, samedi 2O décembre 2OO8
El' Mehdi CHAIBEDDERA

L'énorme bonheur d'être père



.
.

Déjà des gestes de légende
Cette fabuleuse façon
De porter le sac à ton bras
Et de rejeter ton écharpe
Comme un passage d'oiseau roses
Par dessus ta superbe épaule
En déployant le noisetier
De ton regard dans le couloir
Afin d'exiger la sortie
Souveraine de ta personne
Brave merveille de vingt mois
Au fil de ta folâtrerie
Dans le royaume de tes jeux
Obombré de parents percheurs
En lutte contre l'hébétude

Déjà des gestes de légendes
Et c'est immense pour les yeux
Et c'est si merveilleux à voir
Qu'on se sent folir de la vue
Aux noiseraies de ton regard
Incendiées de sauts d'écureuil
Qu'on se sent chablé de poèmes
Au fil de ta folâtrerie
Qui légende la joie d'agir
Le plaisir de t'accompagner
L'énorme bonheur d'être père
Ma Schéhérazade en rasades

Rillieux-la-Pape. Vendredi O2/OI/2OO9 ( 3h39...)
El’ Mehdi CHAIBEDDERA

Odyssée paternelle



.
.
Schéhérazade ma Princesse

L'âme embrumée de ton non-là
C'est le désert
Bédouin soudain
La flûte au fond de la capuche
Le coeur à l'épaule outre sourde
L'ouïe au secours de l'oeil noyé
La Poésie
partout
immense
Et le Poème pour bâton
J'avance
Père
vers ta source

Cinglé de sables et de signes
J'approche père pierre au pied
Au cliquetis de ton eau claire
Accompagnant mon pouls cognant
Son vif goutte à goutte à mes tempes
Infiniment intimidé
De me poser tout éployé
M'ocellant de tes oasis

Rien qu'une goutte de tes yeux
Tombée
dans mes paumes en conque
Pour ma prière paternelle
Et ce sont sept mers à tes pieds

Un petit grain de ton regard
S'attardant
au creux de mes mains
Au boum de ma foi
en poquet
Pour faire vibrer la merveille
De tes cieux passant dans mes yeux
Pour fêter la limpidité

Un cheveu blond sur ma chemise
Et c'est le filon de la vie
Et c'est l'éclair et c'est la pluie
Et ce sont les saisons qui dansent
Et c'est tout l'été qui m'entraîne

Dans son infinité d'éclats
Et ses multitudes ailées

Juste une esquisse de sourire
Et c'est le big bang de palmiers
Une architecture sublime
Une odyssée de la souplesse
De douceur de force de grâce
Et des dattes jamais goûtées
Et de fruits donnant le bien-être
En éblouissant tous les sens

Et de l'exquisité en soi
Pour se rééduquer le coeur
Cette lampe toujours frottée
Le polissage permanent
Du père penché sur sa bombe
La bombe de paternité
Ointe d'immenses émotions
Que je porte toujours en moi
Et qui m'aide à braver la peur
Au balancier de mes poèmes
Qui répondent au sablier
De la vie qui file en cheveu

Ma lampe d'Aladin pour toi
Pour te chercher où que tu sois
Malgré le danger des djinns rouges

Ma lampe d'Aladin cachée
Chef-d'oeuvre des Schéhérazade
Que Dieu a semées sur ma voie
Par tous les chemins qui s'allument
Grâce au toucher de la Sagesse
Sous la ventilation des contes
Et le chassé-croisé des ailes
D'Etres jamais imaginés
Même par l'imagination
Pour me raffermir dans mon voeu
De te retrouver dans ma vie
Pour toutes les vies advenant
Schéhérazade ma Princesse

Rillieux-la-Pape. Jeudi OI/OI/O9 (Minuit 39...)
El’ Mehdi CHAIBEDDERA

Ma précieuse Jérusalem



.
.
Mon Dieu protégez la
Cette poupée dont je suis père
Et dont Vous m’avez cadeauté

Faites que sa beauté
Que son alacrité
Que ce périlleux privilège
Notre faiblesse familiale
Cette beauté bouleversante
Que ce don ne se perde en cours
Ni ne cause jamais sa perte

Faites faites Seigneur
Que cette fête de ses traits
N’entraîne les feux de bivouac
Des ravisseurs de féeries
Aidez-moi à la préserver
Du guet constant du mauvais œil
Et de la prédation pressante
Des sauveurs de l’humanité

Faites faites Seigneur
Qu’en ces fêtes de fin d’année
Pour toutes fêtes qui s’annoncent
Pour tous les lendemains de fêtes
Pour les tempêtes d’après-fêtes
Pour le revers de la grand-fête
Et pour l’envers de chaque fête
Je reste en oblativité
Conservant le faufil du rêve
Faites faites Seigneur
Qu’en cette fête qui fait fête
A cette enfant qui fait ma fête
Pour la grand-fête de l’enfance
Je reste digne d’être en grâce
Je reste digne de ce don
Ce dont vous m’avez cadeauté
Schéhérazade mon bébé
Ma précieuse Jérusalem

Rillieux-la-Pape. Lundi 22/12/2OO8 ( 7 heures, 15…)
El’ Mehdi CHAIBEDDERA

Mille et une nuit



Les Mille et une nuit en année hégirienne correspondent à 2 ans, 9 mois et 11 jours; soit 33 mois et 11 jours; c'est-à-dire 148 semaines et trois jours.

Les Mille et une nuit en année grégorienne correspondent à 2 ans, 9 mois et 1 jour, soit 33 mois et 1 jour, c'est-à-dire 147 semaines.

Les Mille et une nuit correspondent à la durée nécessaire pour trois gestations avec des plages de trêve d'environ deux mois, soit huit semaines et quelques jours entre chacune.

Les Mille et une nuit, arche de temps pour trois enfantements comme trois embarquements pour des accouchements grandioses de volumes ineffables.

Les Mille et une nuit, comme la thérapie par la fiction pour l'amendement d'une réalité traumatisante qui a destructuré les assises imaginaires du Roi Chahryar engendrant en lui un appel d'abîme, une meurtrière aridité, illusoirement et désespérément compensée par des décapitations matinales de jeunes femmes ( épouses d'une nuit, voire de quelques heures ), un éthylisme sanguinaire, le recours au glaive pour couper la tête à un cauchemar terrible et récurrent.

Les Mille et une nuit, l'épopée politique et poétique d'une héroïne superbement dévouée au grandiose de la vie, ayant une foi profonde en son troublant talent, son art inimitable de l'oralité, résolument arrimée au risque effarant de son entreprise de sauvetage du pouvoir de régner en sage, en réapprenant au roi à retrouver le sens de l'ineffable, par le retour à l'audition, le consentement à l'écoute, l'heureuse quiétude de l'échange.

Aunant mon âme à l'auvent de la tienne





Un grand séisme dans ma maison de Mostaganem : le décès de ma somptueuse épouse Schéhérazade succombant à une crise cardiaque le jeudi 22 avril 2004, à 6 heures treize du matin.

Cette date correspond à l'anniversaire de mon quatrième fils Omar Abdelaziz, né le 22/04/83.
Réveillé par un râle ( alors que d'habitude, écrasé de travail, j'ai le sommeil lourd ), j'assiste, désemparé, courbé vers elle, à son ultime instant : toujours ce râle de mer roulant, ce feulement fouilleur, en calice de signes s'exhalant d'elle, me hélant, de si loin et pourtant toute proche, si loin, si proche...et moi et elle et nous, nous deux écrasés sous le poids de ce bouquet de secondes explosant séculaires en cette espèce d'instant, de terrible intimité impossible...Schéhérazade...

Chahrazâd, Chahrazâd, j'exhale en rumeur ce doux, ce délicieux, ce merveilleux nom dont j'ai toujours été profondément troublé, Schéhérazade, Chahrazâd, ma Chahrazâd ...,
Désemparé, embrumé d'inexprimable, assommé de me sentir flottant, oubliant de shunter m'affairant du chevet à l'armoire : parfum sous les narines, de l'eau aux lèvres et l'eau ne passant pas, et toujours aux pinçures de l'aphasie, oubliant de shunter, murmurant ma rumeur, Chahrazâd, Chahrazâd, assonancée à son râle, Chahrazed, Chahrazed...

Toujours courbé vers elle, gravement courbé vers elle, elle qui me surplombe puis, encore ma rumeur allitérée à son râle, Chahrazâd, Chahrazâd, elle commence à dessiller les yeux vers moi dans un effort suprême, un hissement de voile...

J’espère, abasourdi, subissant l'insupportable impact de son haltérophilie oculaire, humblement dominé par son combat, attentif à l'écarquillement espéré de ses yeux, ses yeux d'amande et de miel, sa jungle oculaire, espérant, oubliant de shunter, bourdonnant de perplexité, expirant ma rumeur : Chahrazâd...espérant toujours, humblement courbé vers elle, mon immense palmeraie, mon inestimable patrimoine poétique, Chahrazâd, Chahrazâd et ses yeux, mi-ouverts n'accrochent pas les miens, le regard se perd, s'essaimant et le chef-d'oeuvre de ses lèvres s'arrondit en un dernier signe, PEOFFF, inaudible, incroyable hapax libéré de l’anneau de ses lèvres, toute son âme s'est ramassée, s’est ocellée en cette ultime bulle inouïe, grandiose goutte de vie délivrée, ce bouleversant baiser d'éternité, son dernier souffle...

Cataclysme d’un fol instant. Dès cet instant, cette impulsion de fin du monde, brutalement apocopé de ma compagne, je me sentis devenir hémiplégique de l'âme.

Je continue d'être comble de son râle, ma mer énorme, ma rumeur, mon mascaret, mon amoureuse rumeur, Chahrazêd, Chahrazâd, tisonné d'une question bouleversante qui m'obsède de son bourdonnement, qui me lance comme une dent, qui me chasse du logis vers des chemins difficiles : a-t-elle senti que j'étais là, l'âme serrée contre la sienne, soudaine paramécie cédant à une irréversible sentence de mitose... Chahrazâd, Chahrazâd, a-t-elle entendu mon appel, l’appel de son Mehdi aunant son âme à l’auvent de la sienne ?


El' Mehdi CHAIBEDDERA. Rilleux-La-Pape Lundi 8 décembre 2008

Mes quatre scheherazade

1) Schéhérazade ma conteuse

Il y a Schéhérazade de mon enfance, de mon adolescence et plus encore et toujours, c’est l’héroïne-narratrice des mille et une nuit, présidant – à travers les âges -- à l’émancipation, à la libération et à l’association des femmes au pouvoir ( puisqu’elle devient la reine sagace ) .
Libératrice de la femme car, en sauvant sa vie d’une mort tragique et certaine, elle a sauvé (et continue à sauver ) toutes les femmes, opposant, avec son généreux courage ( son remarquable plan de paix avec son assistante, sa sœur cadette Dounyazâd ) la force de la fiction, le sens de l’épisode, le pointillé du suspense, le subtil art de la narration à l’effusion de sang, à la rage vengeresse de Chahryâr, le roi trompé, en même temps qu’elle le reconstruit, durant toutes ces mille et une nuits en tant qu’homme de pouvoir ( courant à sa perte , parce que frappé de fragilité – par l’infidélité de la reine – et jurant de sévir, de donner la mort, au nom même de cette fragilité traumatique

Par la fiction, sous l’ombrelle de sa fabuleuse oralité, Schéhérazade a hissé le roi malheureux hors de son traumatisme castrateur, déféré – par l’exemplarité de la décapitation – sur la femme, sur l’ennemie complémentaire, condamnée par décret et exécutée à l’aube.
Schéhérazade a sauvé Chahryâr de son autisme castrateur et tyrannique, de son vœu de mort pour le réinstaller dans le déroulé de la vie, dans le sens de l’histoire qu’elle incarne si brillamment, lui redonnant visage d’homme, un visage rasséréné, un visage de confiance, un visage paysagé d’avenir, sauvant du même coup le royaume du huis-clos de la catastrophe.

Ce faisant, Schéhérazade, la fille de Djaâfar, le vizir, n’a pas seulement sauvé la femme mais elle a surtout sauvé l’homme en l’émancipant de son attitude unilatéraliste, de sa trituration de blessure, en l’aidant , par le truchement d’un fabuleux voyage dans l’imaginaire, à se dépêtrer de son macabre théâtre d’impasses.

C’est ainsi que Schéhérazade a été mon premier choc amoureux, ma grande rencontre artistique. De ce superbe nom d’azur désaltérant , traversant les denses solitudes du questionnement , l’audace rampante des déserts, le tourbillon du désarroi, les vents de sable de la peur, l’âpre tassement des ténèbres, la sourde violence des réponses, je me suis fait une symphonie complémentaire à mon propre nom, mon heureuse pluviosité de rêves et de poésies .


2) Chéhérazade mon épouse



Puis Chéhérazade dont m'avait parlé, par un jour de printemps, à Saint-Jules, Y.B. une proche et si lointaine personne.
" Mehdi, je te jure que je t'indique un trésor. Un vrai trésor caché. Distinguée. Quelle allure! Hata! Belle à rendre mahboul.
Je te jure, si j'avais un fils ou un frère en état de se marier, je n'attendrais pas une seconde! "

Chéhérazade. Mon grand coup de coeur à 24 ans. Mon amour de jeune professeur de français ( la tête étoilée d'une merveilleuse langue arabe et de palpitants contes d'enfance ). Chéhérazade. Une fantastique fiction alluvionnant ma vie nouvelle de ses palimpsestes troublants puis, signé de désir, l'immense envie de passer voir ce qui se passe de l'autre côté des sagas et mon entrée dans l'oued et, d'un seul coup, ce fracas de cascades ocellées de soleil en plein après-midi. Chéhérazade!

D'abord, aperçue, fabuleux voilier flamboyant, en partance d'une maison, sise sur un piton à el' Arsa ( ex. Les citronniers ), traversant la ville de part en part, provoquant une indicible émeute de canopées et de volatiles.Un chef-d'oeuvre de formes et de grâce, passant par le jardin public sous l'ombre chinoise des feuilles qui se la racontent en frissons, chorégraphies de chlorophylle traversées de fusées solaires et le pollen en éphélides s'abandonnant à l'hébétude au glouglou des sources naissant au rythme de son pas glosant l'imperceptible symphonie des racines chantant la terre nervurant le monde invisible jusqu'aux frondaisons du silence que laissent ses traces discrètes de phénomène féminin abolissant tant de tabous à son étrave perce-tout, implacable boum de beauté éduquant le regard de l'homme et jetant l'ancre à Cochon-Ville , dans un local du Croissant Rouge, aménagé en lieu d'apprentissage de couture.

Puis, rencontrée. Vraiment rencontrée, ma Chahrazâd. Ma somptueuse épouse, moins de 18 ans ( orpheline de sa mère Khadra mortes en couches ), née sous le signe de la Vierge, à Mostaganem, le 1O septembre 1960 ( précisément à la rue du Lion ). La fille d'Ali B. l'employé de la SONELGAZ. Le simple et grand Ali. Ce gars de l'électricité qui m'a marié sa lumière. L'une de ses huit lumières. La première à se marier, le 10 Ramadhan 1390, en l'automne de l'année 1978.

Chéhérazade. La fée de mon logis chéri et de mon délogé de charmes aux terrains vagues des lascars qui s'occupent de tous les spots, veillant au ban des braves et au pain beurré des ecarpes, à squeezer succubes aux souches et à s'affoler de soufisme. La syphide de mes forêts, confidente de mes fourrés au chuchotis de nos fontaines interdites à Mostaganem, la Cité des Eaux et des Odes dont je suis l'étrange étranger, le mestghanmi de fond en comble, toujours en pluie aux points arides, mostaganémant ma musique. Chéhérazade ma chanson qui monte quand tout est pentu. Mon Alif de pollen. L'ombrelle bienveillante de ma poésie. .Dépositaire de mon blues de passager interloqué du raz de marée de malfrats qui s'immiscent dans l'air marin sous les arcades de légendes où trisse l'hirondelle en fuite.

Chéhérazade, mon amour. Mon chant de blé en mouvement. La mère de mes huit garçons. Dépositaire de mon blues et de ma quintessence d'être.


3) Schéhérazade ma poésie

Et Schéhérazade, mon ambassadrice auprès de tous, impromptue, frondeuse, intrusive, mystérieuse amante insatisfaite de son inévitable rôle d’auxiliaire prestigieuse. Une bigamie compliquée. C’est ma Poésie, toute ma Poésie ainsi nommée en hommage à mes deux grands bonheurs Schéhérazade et Chéhérazade.

Cette poésie très universelle, difficilement résumable mais que l’on pourrait être tenté d’illustrer par ces deux textes extraits d’un recueil de poèmes et de proses intitulé : Le Chinois d’Algérie, édité à Paris en 1994 par Les Cahiers de l’Albatroz :

Présence

Il faut être un sacré Chinois
Pour entreprendre mon Poème
Cascade de mon Corps-Tibet
Qui se déprend de ses limites

On ne découvre en descendant
Pour éprouver quoi je soulève
Vu que je vis toujours Debout
Roi de ma Verticalité


Déhiscence

Quand l’Algérie sent la chaussette
De ses génies clochardisés
Je file chez ma Jardinière
L’inciter à la déhiscence
Et lui distiller mes extraits
Espérant lui faire un(e) enfant
Pour ne pas me jeter dehors


4) Schéhérazade mon bébé

Enfin, Schéhérazade. Mon unique fille, née le jeudi 10 mai 2OO7, à 6 heures, 3O minutes, à Hôtel-Dieu, Lyon 2°, issue de mon vertigineux remariage en ruines. C’est d’elle, résumant tout, qu’il s’agit dans mes derniers poèmes. Schéhérazade, mon bébé. Ma coquine fouine. Toi le quinquet de mon quinquagénat.

Tout l’ensemble intitulé : Schéhérazade quinquet de mon quinquagénat lui est consacré et ce passage de l’énorme bonheur d’être père vient à mon esprit à la manière d’une oriflamme :

Déjà des gestes de légende
Et c’est immense pour les yeux
Et c’est si merveilleux à voir
Qu’on se sent folir de la vue
Aux noiseraies de ton regard
Incendiées de sauts d’écureuils
Qu’on se sent chablé de poèmes
Au fil de ta fôlatrerie
Qui légende la joie d’agir
Le plaisir de t’accompagner
L’énorme bonheur d’être père
Ma Schéhérazade en rasades






Rillieux-la-Pape . Dimanche 21 décembre 2OO8. ( Vingt trois heures, trente )
El’ Mehdi CHAIBEDDERA